Salon Louis XVI décoré de tapisseries de Beauvais

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Ce salon, composé d'un canapé et de cinq fauteuils, fait partie d'un important legs consenti à la Ville de Namur par la Baronne Lemonnier pour le Musée en août 1945. Auparavant, elle avait déjà offert les toiles peintes tendues aux murs du salon où il se trouve.

D'autres objets du legs sont répartis ailleurs dans le musée, mais ce salon en constitue l'élément majeur. On appelle d'ailleurs « salon Louis XVI » la pièce où il se trouve, bien que ses murs soient tendus de toiles qui sont dans l'esprit rocaille, une émanation du Louis XV, style où la fantaisie et l'asymétrie étaient de mise, avec des formes déchiquetées. On y avait comme horreur de la ligne droite.

La rocaille connut ses excès, auxquels le style Louis XVI réagit. Cela se fit progressivement mais, le goût de l'Antiquité reprenant suite à la découverte de Pompéi en 1748, on en revint  à la ligne droite et à la symétrie, avec des guirlandes pour remplacer les rocailles, tandis que des cannelures apparaissaient.

Une pièce de choix

Composé d'un divan à huit pieds et de cinq fauteuils, l'un étant plus grand que les autres, ce salon, d'origine française, est devenu de nos jours un objet rare. Bien que non estampillé, c'est-à-dire non répertorié par la Jurande des Maîtres Ébénistes (Chambre disciplinaire de la corporation des Ébénistes chargée de contrôler la qualité de fabrication des meubles et sièges), il devait être déjà à la fin du 18e siècle un mobilier de choix, vu la qualité des matériaux et techniques employés : boiseries sculptées puis dorées à la feuille et tapisseries de Beauvais.

Patinées par le temps, celles-ci sont historiées par des scènes pastorales et champêtres sur le dossier : un enfant ramassant un nid, un jeune berger musicien, une bergère au repos, une scène de basse cour avec deux jeunes gens, etc. Sur les assises, des scènes animalières s'inspireraient des fables de La Fontaine. Celles-ci suscitèrent de nombreux décors, notamment en tapisserie aux ateliers d'Aubusson, mais aussi de Beauvais, à quelque 75 km au nord de Paris.

Fondée en 1664 par Jean-Baptiste Colbert pour concurrencer les manufactures des Flandres, Beauvais prit son véritable essor au 18e siècle, à l'arrivée de Jean-Baptiste Oudry comme directeur en 1734. C'est précisément cette année-là qu'il termina une série de dessins illustrant les Fables, entamée en 1729. Il s'adjoignit à Beauvais les services de François Boucher et Charles-Joseph Natoire.

Réalisés en basse lice, c'est-à-dire avec des métiers horizontaux, les tissages de Beauvais étaient renommés pour les garnitures de sièges. La manufacture travailla pour l'Europe entière.

Cure de jouvence

De la fin du 18e siècle au début de notre millénaire, bien du temps a passé, au point que, malgré les précautions et l'entretien d'usage, les tapisseries avaient pris la poussière, le rembourrage et le sanglage (le dessous des assises) des sièges étaient dépareillés, les dorures s'effritaient et le bâti se fragilisait. Il fallait intervenir.

Cela a poussé les responsables du musée à faire restaurer l'ensemble en 2004. Un ébéniste, Eric Fontinoy (Namur) un garnisseur, Yves Collet (Namur) une doreuse, Isabelle Klein (Namur) et les établissements Dumortier (Anvers) ont été les principaux intervenants dans l'entreprise, en respectant les anciennes méthodes.

L'ébéniste a démonté l'ensemble puis restauré et réassemblé les boiseries, la doreuse a nettoyé puis stabilisé les dorures à la feuille et les tapisseries ont été dépoussiérées puis nettoyées.

Leurs différentes lacunes ont été conservées avec un fil de soie sur un support de lin pré lavé et teint en laboratoire. Le garnisseur a refait le rembourrage en crin et placé un sanglage neuf, certes, mais élaboré selon d'anciennes méthodes. Enfin, il a replacé les tapisseries à l'aide d'un passement refait à l'ancienne.

Un nouvel entretien a eu lieu en 2020, garantissant l'éclat de l'ensemble. Ainsi remis en état, il peut encore ravir plusieurs générations d'amateurs.

Thierry Oger


-COURTOY, Ferdinand : L’Hôtel de Croix en 1945 in Namurcum, 21ème année, 1946, n°1, pp. 13-16

-Encyclopaedia Universalis

-Encyclopédie Wikipédia

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