Étal de boucherie

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Etal de boucherie - Felice BoselliVoici une scène de genre (ou de la vie quotidienne) dans une boucherie. Au centre de la composition, un crâne de bovidé attire d’abord le regard puis, en dessous de lui, un apprenti qui taquine deux jeunes chiens avec de la nourriture. Dans la zone supérieure, des morceaux de viande non dégrossis pendant à une poutre couronnent la composition. En dessous, en retrait et comme estompé, un panier contenant des abats remplit l’espace entre le crâne et le mur du fond. Un chien adulte convoite toute cette marchandise sur la droite, tandis qu’à gauche le boucher pèse la viande qu’une vieille femme négocie.

Quelle scène anodine, au premier abord. Cependant, aux 17e et 18e siècles, il était fréquent que les artistes recourent à un symbolisme caché, teinté d’arrière-pensées graves.
Ainsi dans cette scène de genre, les jeunes chiens et l’apprenti évoquent l’enfance et l’adolescence, périodes d’insouciance ; le chien de droite pourrait évoquer l’âge adulte, sûrement représenté par le boucher ; la femme évoque la vieillesse ; puis le crâne, la viande et les abats symbolisent la mort. Nous sommes en présence d’une allégorie des différents âges de la vie, le stade ultime, la mort, étant le plus mis en évidence pour nous faire réfléchir à notre condition. C’était l’époque de l’Inquisition et la dimension morale, religieuse, paraît évidente : la vie est éphémère, un jour nous mourrons, ne l’oublions jamais et agissons vertueusement pour éviter les flammes de l’enfer…

Ce renvoi à la mort s’applique également aux tableaux de fleurs, aux corbeilles de fruits, aux tables de cuisine ou de chasse de l’époque : une mouche, évoquant la putréfaction, est souvent présente, posée quelque part. Cherchez-la, vous trouverez presqu’à chaque fois. Ce sont parfois aussi des oiseaux picorant ces belles et bonnes choses, voire des papillons s’y posant. Il en fut ainsi dans la peinture européenne des 17e et 18e siècles. Ces œuvres sont alors appelées vanités.

C’est en 2003 que ce tableau a été retrouvé, par hasard, dans un grenier. Recensé comme « nature morte » ( ! ) et attribué à Giovanni Benedetto Castiglione (Gênes, 1609 - Mantoue, 1665), on le croyait perdu. Il faisait partie de la collection des Amis du Musée des Beaux-Arts de Namur qui, à la mise en sommeil de cette association, a échu à la Ville de Namur.
L’attribution à Castiglione n’a jamais convaincu l’équipe scientifique du Musée, qui s’est adressée à Benjamin Couilleaux, conservateur du patrimoine, directeur du Musée Bonnat-Helleu à Bayonne et spécialiste de la peinture italienne du 16e au 18e siècle.
Il écrit, au sujet de ce tableau : « Plusieurs éléments formels permettent (…) de le restituer sans réserve à Felice Boselli (1650 – 1732). Originaire de Plaisance, l’artiste se forme à Milan. (…) La culture de Boselli (…) se nourrit clairement du naturalisme lombard mais également des peintres flamands que l’artiste se plaît à copier »*.

Après être repassé par Plaisance en 1669, le peintre finira par s’établir définitivement à Parme. Une série de natures mortes et le décor à la fresque d’un théâtre seront ses premières commandes. Il acquiert une parfaite maîtrise de la nature morte, qui s’accentue dans les dernières décennies, « caractérisées par des œuvres à la touche rapide, voire expressive, avec des recherches sur les coulures à l’occasion. C’est à cette ultime phase de la carrière de Boselli que doit appartenir l’œuvre (…), qui s’apparente par son thème et son écriture à trois scènes de boucherie peintes par Boselli vers 1720-1730, respectivement conservées à la Galleria dell’Academia Carrara de Bergame, au Museo Rizzi de Sestri Levante et à la Pinacoteca civica di Faenza. »*

Une restauration récente nous permet aujourd’hui de mieux apprécier « la virtuosité du traitement des pièces de viande. (…) Le motif de la tête de bœuf écorchée, visible au centre de la composition de Namur, apparaît déjà vers 1690 dans une nature morte du Museo Sanvitale de Fontanellato et dans un tableau conservé au Statens Museum for Kunst à Copenhague où il fut autrefois attribué à Goya. Le jeune peintre espagnol est à Parme en 1771 et peint, bien plus tard, dans les années 1806-1812, des natures mortes parfois si proches de Boselli qu’il n’est pas exclu de penser que l’Espagnol ait regardé la peinture de l’Italien. »*

(Plaisance, 1650 – Parme, 1732)
Peinture à l’huile sur toile, 161 x 119 cm (ovale) - cadre : 194 x 148,5 cm
Hôtel de Groesbeeck de Croix – Musée des Arts décoratifs

 

* Bibliographie : COUILLEAUX, Benjamin : Keilau et Boselli : deux tableaux italiens inédits à Namur dans Art Italies. La revue de l’Association des Historiens de l’Art italien, n° 25, 2019

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