Acquise par la Ville en 2018, cette allégorie de la Charité modelée en 1794, est élégamment assise, amplement drapée, et a le sein gauche dénudé car elle vient d'allaiter le bébé qui s'est endormi dans son bras. Tandis qu'elle aide un second enfant à grimper sur ses genoux, son attention est attirée par un troisième bambin qui cherche lui-aussi à s'asseoir sur ses jambes. La composition pyramidale de l'ensemble est animée par la spirale sur laquelle Roucourt a posé ses éléments.
La Charité est, avec la Foi et l'Espérance, l'une des trois vertus théologales. Dès l'époque de la Contre-Réforme (17e s.), la tradition iconographique a fixé la représentation du sujet sous la forme d'une femme entourée de trois enfants. Au 18e siècle, le thème est prétexte à évoquer la tendresse maternelle. Roucourt ne déroge pas à la règle, mais il introduit un petit drame tendre et candide dans la rivalité que se livrent les deux enfants pour atteindre les genoux maternels.
L'ensemble de la composition démontre la verve inventive du sculpteur, son goût de la narration, son aptitude à reproduire l'innocence enfantine et la grâce féminine.
D'origine lorraine comme bien des artistes actifs dans nos régions au 18e siècle, on ignore néanmoins tout de la formation de Roucourt. Actif à Liège ainsi qu’à Nancy pour le roi Stanislas, Roucourt est connu pour sa production de groupes en terre cuite souvent destinés à l’ornementation des jardins. On connaît ainsi de lui différents ensembles de trois ou quatre putti symbolisant la Poésie, la Sculpture, l’Astronomie, les quatre Saisons et les quatre Eléments livrés en 1772 pour orner le château d’Hex, propriété du prince évêque de Liège ainsi que les deux groupes attribués symbolisant la Chasse et la Pêche dans les collections du musée.
F. Giot




