Portraits des Doucet de Tillier – Huile sur toile, fin du 18e siècle
Ces quatre portraits ovales représentent des membres de la famille Doucet de Tillier, une lignée notable de la région namuroise. Peints à la fin du 18e siècle par un artiste inconnu, ils témoignent de la volonté de mettre en image la continuité d’un lignage à travers les générations. Offerts au musée en 1969 par Robert de Decker Doucet de Tillier, ils proviennent du château familial de Tillier, près de Namur. Leurs cadres ont fait l’objet d’une restauration en 2019-2020.
Un témoignage de la représentation familiale
Ce type d’ensemble portraituré était courant dans les milieux aristocratiques et bourgeois du 18e siècle. Le portrait d’ancêtres jouait un rôle à la fois commémoratif, identitaire et social : il rappelait la respectabilité de la lignée, transmettait la mémoire familiale et affirmait visuellement le statut d’une famille dans la société. Les quatre tableaux, de format ovale identique, sont encadrés de cadres richement sculptés et dorés, renforçant leur fonction décorative autant que symbolique.
Les figures représentées sont identifiées comme suit : Jean-Baptiste Tutélaire, bourgeois et brasseur de Namur, décédé vers 1690 ; son épouse Jacqueline Doucet de Tillier, héritière de la seigneurie de Tillier en 1701 ; leur fils Martin Doucet de Tillier, seigneur de Tillier à partir de 1714 ; et son épouse, Ida Catherine de Falle, originaire de Liège, décédée en 1751.

La mise en scène des statuts
Chacun des portraits reflète les conventions visuelles propres à la représentation de la noblesse et de la haute bourgeoisie entre la fin du 17e siècle et le 18e siècle. Jean-Baptiste Tutélaire est représenté en homme âgé, à la chevelure blanche, vêtu d’un manteau rouge et d’un col plissé : son expression grave et son regard frontal renforcent l’idée d’une figure fondatrice. Face à lui, son épouse, coiffée d’un bonnet de dentelle, arbore une tenue austère, rappelant les codes vestimentaires des veuves ou des femmes âgées de condition bourgeoise. La sobriété de ces deux portraits évoque la dignité et la piété attendues des générations passées.
Le couple suivant, Martin Doucet de Tillier et Ida Catherine de Falle, affiche quant à lui une élégance plus conforme aux modes du début du 18e siècle. L’homme, vêtu d’un habit jaune brodé et d’un manteau de soie, se distingue par sa posture assurée et son regard vif. Son épouse porte une robe de satin rose ornée d’un riche motif brodé, rehaussée d’un manteau vert, dans une harmonie de couleurs raffinée. La douceur de son regard et la sobriété de son port de tête soulignent une image de respectabilité féminine mêlée de distinction.
Un équilibre entre mémoire et représentation
Ces portraits, malgré leur sobriété, traduisent une grande attention portée à l’apparence et aux codes de représentation. Les postures contenues, les regards directs ou légèrement tournés, les tenues soignées et les décors réduits au strict minimum visent à mettre en valeur la personne représentée autant que le statut qu’elle incarne. Dans leur cohérence visuelle, ces œuvres forment une galerie d’ancêtres conçue pour affirmer la solidité de la lignée, tout en incarnant les qualités morales attendues d’une famille influente : fidélité, piété, autorité, et distinction.
Les portraits des Doucet de Tillier s’inscrivent ainsi dans une tradition du portrait d’apparat familial, à mi-chemin entre l’intime et le public, entre mémoire privée et démonstration sociale. Ils constituent un rare témoignage local de cette pratique dans la région namuroise.
Lorena Brevetti




