Jean-Baptiste Scoriel (Lambusart 1883 - Tamines 1956), dit Scoriel, fut qualifié à un certain point dans sa carrière de « maître de la neige », celle-ci correspondant bien à son tempérament grave ; dans sa toile intitulée « Dernière neige », on se rend bien compte de sa capacité à saisir les hivers âpres de nos campagnes.
Entre la blancheur aux reflets bleu-vert d’un champ enneigé et les ocres d’un ciel nuageux de fin de journée, Jean-Baptiste Scoriel évoque successivement un village, puis un premier et un second plan de collines boisées. Comme souvent chez lui, aucun personnage n’est présent dans le paysage, il se contente de noter des traces de la vie, il la suggère. Dans le champ, le passage de l’homme est attesté par le manche d’une fourche laissée plantée dans un tas de fumier, en avant-plan. Deux autres plus éloignés nous amènent à un village resserré autour de son église.
Les fermes et les maisons, lieux de vie, apportent des touches de bleu, de vert et de rouille notamment, tandis que le clocher relaye la verticalité de quelques longs arbres fins situés plus en avant sur la gauche. Ce sont, avec le manche de fourche de l’avant-plan, les principaux éléments verticaux de la composition. Le reste est comme étiré.
Après le village, une première colline s’étend avec des champs enneigés sur la gauche, ponctués des taches de quelques maisons, arbres, haies ou buissons, tandis que par-delà un chemin, sa partie droite montre la masse brune des arbres nus d’un bois. Tout est calme, la nuit va tomber, tout le monde est rentré, même les oiseaux ont déserté le ciel. Enfin, pour borner l’horizon, une bande sombre s’étend, suggérant une forêt et marquant la transition avec le ciel. Malgré le calme apparent de la scène, ce dernier est menaçant, figé mais agité, rempli de nuages ronds et larges ; il est marqué par une teinte verdâtre surnaturelle, réhaussé par un très léger rouge, donnant un aspect presque oppressant à la scène.
Scoriel a grandi dans une famille de mineurs flamands, qui décida de s’installer à Tamines alors qu’il avait 3 ans, en 1886. Malheureusement, il sera orphelin à l’âge de onze ans, devant subvenir seul aux besoins de quatre autres enfants, ce qui ralentira considérablement sa vocation artistique, le poussant à travailler dans une briqueterie ainsi qu’une fonderie ; ces événements seront à l’origine de son caractère grave. Après quelques années, il réussira tout de même à s’inscrire à l’École des Beaux-Arts de Namur, où il recevra l’enseignement de Désiré Merny (Namur 1865 – Namur 1947). À la suite d’une exposition en 1906 où il rencontra un franc succès, il se lança dans la carrière de peintre paysagiste. Reconnu pour ses interprétations de la Sambre et de son affluent la Biesme, il leur dédiera bon nombre de tableaux et d’esquisses ; cette première, « ses berges herbeuses non encore ceinturées, ses vieilles maisons ouvrières ou campagnardes, ses sites rustiques, en un mot son terroir », seront à l’origine d’une majeure partie de son inspiration. Il combattra lors de la Première Guerre Mondiale, mais blessé, il devra rentrer et peindra à Dieppe, où il y épousera son infirmière. Lors de la Seconde, il partira dans le Midi, à Castelsagrat (Tarn-et-Garonne), et retournera à Tamines après celle-ci. Une fois rentré, il révise sa manière de peindre et déclare la guerre à l’empâtement, et fidèle à son maître Pierre Breughel, il s’en inspire et décide de se servir d'un médium à base de résine pour diluer ses couleurs à présent surfines. Peintre paysagiste reconnu, excellent professeur, maître de la Sambre et de la neige, il s’éteint en 1956 à Tamines.




